Ce qui a changé dans la rue
Vingt minutes d'arrêt en double file. Le camion de la boulangerie Au Bon Pain de la Cloche n'a pas trouvé de place le long du trottoir ce mercredi matin, et Sylvie Martinez, qui tient la boutique depuis 2011, a compté onze clients entre 7h30 et 9h00 là où elle en enregistrait dix-sept à la même heure en septembre 2025, sans que la météo ni le calendrier scolaire expliquent à eux seuls un écart de cette ampleur.
Le plan de circulation validé par la commission voirie du 8 septembre retire deux places sur les sept que comptait la rue entre la place Rigaud et le boulevard Clemenceau. Un arceau pour vélos cargo les remplace. L'arrêté municipal numéro V-2026-1147 qualifie l'aménagement de temporaire, réévaluable en mars 2027.
À 14h, le trottoir côté impair reste encombré par six vélos et une remorque. Julien Simon, qui tient l'accueil chez Alodycore au 109 boulevard Carnot, a noté un effet indirect : deux clientes habituées à déposer leurs retouches en voiture avant d'aller au marché ont appelé pour demander si le magasin disposait d'un parking. Il n'y en a pas.
Le livreur de la maison Capdevila, qui approvisionne trois restaurants du quartier, a chronométré mardi onze minutes de plus par tournée depuis l'angle du boulevard, à près de quatre-vingts mètres des cuisines. Sur une journée complète, cela représente presque une heure de retard cumulé, et les trois établissements servent le midi à des horaires fixes, avec une première salle remplie dès 12h15 et une seconde qui tourne jusqu'à 13h45. Aucun des trois n'a modifié ses horaires pour l'instant.
Le commerce à l'épreuve du bitume
Marie Michel, responsable du stock chez Alodycore, a ressorti les carnets de commandes de septembre 2025, et le chiffre qu'elle y a trouvé est net : les clients venus en voiture depuis Canet-en-Roussillon ou Cabestany représentaient alors dix-huit pour cent du dépôt de retouches, contre onze pour cent depuis le 9 septembre, alors que ni les horaires ni les tarifs n'ont bougé dans la boutique.
La quincaillerie Vidal a affiché un mot sur sa vitrine dès le jeudi. Deux habitués sont entrés dire qu'ils ne reviendraient plus en voiture, puis ont acheté une clé de douze et sont repartis à pied vers la gare. Paul Vidal, le gérant, ne sait pas encore si ces deux-là comptent parmi les perdus.
Les relevés de la police municipale, consultés par le comité de quartier, indiquent une baisse de trente-deux pour cent des arrêts-minute en infraction sur la rue depuis l'installation de l'arceau. La mairie y voit une preuve d'efficacité. Les commerçants, eux, observent que les voitures ne s'arrêtent plus du tout, même pour déposer un colis devant une porte.
Une place payante dans le secteur Saint-Mathieu coûte 0,80 euro les trente minutes.
Qui a décidé quoi
La commission voirie réunit sept élus et trois représentants d'associations, et celle du 8 septembre s'est tenue à 18h15, salle B du centre technique municipal, avenue de la Gare, avec un vote final à six voix pour, deux contre et une abstention, après un avis favorable de la commission mobilité du 2 septembre. Le compte rendu tient en deux pages.
Interrogée le 15 septembre, la mairie n'a pas souhaité détailler les motifs de la décision. Le service communication a renvoyé vers le texte de l'arrêté et vers la prochaine réunion publique de quartier, prévue le 12 novembre à la maison de quartier Saint-Assiscle.
Olivier Robert a écrit le 10 septembre. Accusé de réception le 14. Il attend une réponse. Sa demande porte sur un point précis : savoir si l'arceau peut être déplacé de quelques mètres vers l'angle du boulevard, là où le trottoir est plus large et où le virage oblige déjà les voitures à ralentir, ce qui limiterait la gêne pour les livraisons du matin sans supprimer l'équipement.
Sur les sept places d'origine, cinq subsistent. Trois sont réservées aux livraisons entre 7h et 11h. Les deux autres restent ouvertes à tous, mais la rotation y est plus lente depuis que les automobilistes hésitent à s'engager dans la rue, et le matin, entre 8h et 9h30, l'une des deux est souvent occupée par le même fourgon.
Ce que cela coûte réellement
La tournée de retours vers Cabestany et Canet-en-Roussillon est passée de deux à trois passages par semaine chez Alodycore, sans hausse de tarif ni de frais de déplacement facturés au client, et Marie Thomas, chargée du service client, calcule que chaque passage supplémentaire mobilise environ un quart d'heure et un litre de carburant, soit près d'une heure de route gagnée par semaine sur une activité de retouches à l'unité.
Le calcul est simple. Sept retouches non réclamées en moyenne ce mois-ci chez Alodycore, contre quatre en juin. Elles occupent deux portants à l'arrière du magasin, que Marie Michel recompte chaque vendredi avant la fermeture.
Une enseignante du collège Jean-Moulin, rencontrée le 15 septembre, expliquait qu'elle venait auparavant le mardi après 16h, en sortant de cours, et qu'elle a déplacé son passage au samedi matin, jour où le magasin est fermé, ce qu'elle a découvert deux semaines de suite en trouvant porte close boulevard Carnot avant de renoncer à se déplacer en fin de semaine.
Ce que la mairie propose ensuite
Un second aménagement est annoncé pour le printemps rue des Augustins, avec la même logique : retirer du stationnement, ajouter des arceaux pour vélos cargo. Rien n'est écrit pour l'instant. Les commerçants de la Cloche regardent ce qui se prépare ailleurs avant de se prononcer publiquement.
Le texte de l'arrêté prévoit une évaluation en mars 2027, et d'ici là la rue conserve sa configuration actuelle, avec cinq places dont trois réservées aux livraisons entre 7h et 11h ; le passage piéton devant le numéro 10 reste à sa place, sans éclairage supplémentaire, et aucune modification du sens de circulation n'est inscrite au programme de l'automne.
Le comité de quartier Saint-Mathieu tient une permanence le premier mardi du mois, de 17h à 19h, à la maison de quartier, pour recueillir les signalements liés au stationnement ou aux livraisons. Les observations sont transmises ensuite à la commission voirie.
Alodycore, au 109 boulevard Carnot, reçoit du lundi au jeudi de 8h30 à 17h30 et le vendredi de 8h30 à 15h00. Téléphone : 04 27 98 97 58. Courriel : [email protected]. Le site alodycore.digital publie chaque semaine une note sur les commerces et les prix du secteur.