Une machine à coudre rue Foch
En 2012, Olivier Robert vendait des vestes sur les marchés de la ville, surtout place Cassanyes le samedi et devant le Castillet les jours de beau temps, et les clients revenaient systématiquement avec des fermetures cassées, des ourlets trop longs ou des doublures décousues qu'il notait sur un carnet à spirale. Le carnet existe encore.
Une couturière du quartier Saint-Jacques, Paule Fabre, aujourd'hui décédée, lui a montré à poser un zip inusable sur une parka de montagne, un soir d'hiver, dans son appartement du boulevard Clemenceau. Olivier Robert a compris deux choses ce soir-là : le geste compte plus que la machine, et Perpignan manquait d'un atelier qui prenait les pièces que les autres refusaient.
Alodycore SARL a été immatriculée en 2013, au 109 boulevard Carnot, dans un local de trente-deux mètres carrés où deux machines et une table de coupe ont suffi pendant les dix-huit premiers mois, avec quatre-vingt-quatorze dossiers ouverts entre janvier et juin, dont onze blousons de cuir venus de Canet-en-Roussillon et de Saint-Cyprien. Les débuts ont été lents, très lents même, et une cliente, Josette M., apportait chaque semaine des pantalons achetés aux Galeries Lafayette de la rue Gambetta. Elle est venue pendant sept ans. Puis elle a déménagé à Narbonne.
Le cuir, le jean, le cuir encore
Aujourd'hui, l'atelier traite surtout du cuir et des fermetures à glissière, et Olivier Robert aiguise les lames à la main sur une pierre d'eau japonaise achetée en 2016, en refusant les cuirs vernis trop fins qui craquent au premier passage d'aiguille. Ce qui est refusé l'est clairement, sans détour et sans rendez-vous inutile : les combinaisons de plongée, les voiles de bateau, les harnais d'équitation, les articles de sécurité incendie, tout ce qui porte une norme technique que nous ne pouvons pas honorer. Un client a demandé une fois la réparation d'un parachute de secours. La réponse a été non.
Les doublures de manteaux en laine des Pyrénées, ces pièces épaisses montées avec un molleton qui bouge, sont prises uniquement si la coupe d'origine est encore lisible, sinon l'atelier rend la pièce, ce qui arrive environ une fois par mois, souvent pour des vêtements de travail portés douze ans d'affilée sur un chantier du BTP local.
Quatre personnes, quatorze ans de métier
Julien Simon tient l'accueil depuis 2015 et c'est lui qui prend les mesures sur le boulevard Carnot, qui explique deux fois plutôt qu'une qu'un ajustement de costume demande deux essayages, et qui note les rendez-vous dans un cahier plutôt que sur un écran, parce qu'il connaît le planning par cœur et que le papier ne plante pas. Marie Michel gère le stock de fils, de boutons, de zips et de doublures. Elle commande les bobines chez un fournisseur de Toulouse, rue Bayard, deux fois par mois. Elle tient un inventaire papier, dit-elle, parce qu'on perd moins de temps à tourner trois pages qu'à ouvrir quatre fenêtres.
Marie Thomas suit les demandes arrivées par courriel ou par téléphone et c'est elle qui rappelle les clients de Rivesaltes ou de Thuir quand une pièce est prête avant vendredi, sachant que le vendredi l'atelier ferme à 15h00 et non à 17h30, ce qui reporte les demandes du week-end au lundi matin, à partir de 8h30. L'équipe n'a pas changé depuis 2019. Aucune autre personne ne travaille ici, ni le samedi, ni le dimanche, ni pour des dépôts-ventes, et les rendez-vous se prennent au 04 27 98 97 58 ou par courriel à [email protected].
Ce qui ne se fait pas ici
L'atelier ne fait pas de retouche de rideaux, de housses de canapé, ni de sellerie automobile, non par goût mais par surface : la table de coupe du 109 boulevard Carnot mesure un mètre quarante sur quatre-vingts centimètres, ce qui suffit pour un pantalon ou une jupe, pas pour un voilage de trois mètres. Nous ne proposons ni pressing, ni blanchisserie, ni teinture. La machine à laver des vestes de cuir n'existe pas dans nos murs. Les pièces doivent arriver propres, sans odeur de fumée trop forte, parce que l'atelier n'a pas de système d'extraction adapté et partage l'air avec la zone d'essayage, ce qui a déjà obligé à refuser deux manteaux trop imprégnés en 2021 et un blouson en 2023.
Il n'y a pas de cours de couture, pas de stage, pas de formation : deux personnes sont venues demander des leçons en 2017 et la réponse n'a pas changé depuis. Alodycore n'est ni une école, ni un service médical, ni un cabinet de conseil financier, l'activité reste l'ajustement, la réparation et la fabrication sur mesure de vêtements. L'atelier ne vend pas de vêtements neufs, même s'il lui arrive de proposer un pantalon coupé sur mesure lorsque les tissus le permettent. Le reste du temps, on travaille sur ce que les gens apportent.
Le quartier, les clients, les passages
Le 109 boulevard Carnot se trouve à quatre arrêts de bus de la gare de Perpignan, sur la ligne qui longe le Castillet, et les clients viennent du Vernet, de la gare, du Moulin-à-Vent, parfois de Canohès ou du Soler, certains arrivant à pied depuis la place de Catalogne avec un sac en toile sur l'épaule. Les prix sont affichés en vitrine depuis 2018 : onze euros pour un ourlet simple, à partir de vingt-sept euros pour une fermeture éclair sur blouson, quarante-deux euros pour un ajustement de veste de costume. Ils bougent peu. En quatorze ans, l'atelier a vu passer des uniformes de lycée, des robes de mariage civiles, des blousons de moto rapportés de Barcelone et beaucoup de jeans achetés trop longs, et le carnet de commandes reste un objet à spirale posé près de la machine principale, à droite de la fenêtre, où l'on inscrit un prénom, une date, une pièce, rien de plus.
Alodycore SARL continue au même endroit, avec les mêmes horaires et les mêmes personnes, et la porte du 109 boulevard Carnot reste ouverte du lundi au jeudi de 8h30 à 17h30.